
« Je haïssais Léo. Ses yeux, son sourire, son humour ; Tout était trop parfait et c’est sans doutes ce qui faisait de lui un être si détesté.
Toutefois, il n’était pas beau : Sa frange raide qui retombait sur ses yeux, le début de barbe qui naissait sur son menton et son visage rond le rendait plus laid qu’attirant.
Et pourtant, j’en étais tombée amoureuse. »
De ma main tremblante, je gribouillai ce que je venais d’écrire. Je n’arrivais plus à rien ; mes mots ne tournaient qu’autour de son prénom.
L’amour tue l’écrivain. Et tous les autres.
Ma plume ne donnait plus rien, sauf des histoires d’amour mièvres et pathétiques. Il fallait que je change de registre, que mon imagination me crée un monde littéraire où aucun Léo n’existait.
Je débouchai mon stylo et me remis à l’ouvrage.
« - Embrasse-moi. Soufflais-je, embrasse-moi comme je l’ai espéré pendant si longtemps.
Mes paroles se noyèrent dans le silence qui nous entourait ; Peut-être que ma dernière volonté était de trop. Joel plongea ses yeux dans les miens, mais ne se sépara pas de cet air absent qui avait perdu notre amour.
Je me mordis les lèvres et son regard dévia sur mon geste.
- S’il te plaît. Le suppliais-je.
Sa bouche joignit les miennes à la manière d’un été éphémère; Un court instant de désir et de chaleur envahit mon corps.
Cela ne dura qu’un infime moment. Il détacha nos lèvres aussi rapidement qu’il avait annoncé notre fin.
Je lui tournai le dos, incapable de me rappeler si j’avais eu l’audace de le remercier pour ce baiser si passionné… »
Rien à faire ; Même si je changeais de prénom ; L’amour, lui et ses baisers m’obsédaient. J’étais incapable de penser à autre chose. Je m’enfermais un peu plus sur moi-même, sans me rendre compte de l’impacte qu’avait ce sentiment, si pur d’habitude, sur moi.
Je rebouchai mon stylo, abandonnant l’idée de pondre un récit constructif.
Je retournai dans mon lit et me recroquevillai sur moi-même.
Même sans une plume au bout des doigts, son prénom restait.
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