Pour accompagner : The Libertines - Don't look back into the sun

Un souffle . Une Pensée . Un Amour
*
- Aller, on se fait un petit délire. Me proposa Charly, joue moi « Don't look back into de sun » des Libertines et je te fais le « Pete doherty français ».Nous avions déjà rangé tout le matériel de répétition et comme je savais à quel point un moment pareil pouvait lui faire plaisir, je m'exécutai.
Comme lors de chaque chanson, lors de chaque moment où Charly s'emparait d'un micro, je fus tout de suite engloutie dans son monde où seule sa voix était maîtresse des lieux.
Avant d'enchaîner avec le refrain, Charly se retourna vers moi et, dans un franc sourire, m'ordonna de donner le meilleur de moi-même et de me défouler avec ma guitare.
Si je ne faisais pas mon maximum, Charly lui ne pouvait pas donner plus que ce qu'il était en train de faire : La puissance de sa voix faisait trembler la vieille porte battante de la grange ; la veine de son cou se tendait affreusement et ses mains tremblaient en essayant tant bien que mal de se raccrocher au micro.
Soudain, ces jambes se mirent aussi à trembler ; Sa voix pourtant si agréable se cassa dans un cri rauque et il s'écroula à terre.
Pendant un instant, je cessai de respirer. Dans la grange, il ne résonnait que le souffle saccadé de Charly.
Je m'agenouillai près de lui et passai ma main dans ces cheveux.
- Charly.. Réveilles-toi ! Le suppliai-je.
Mon ami entrouvrit les paupières avec peine, comme si elles pesaient vingt kilos.
Son regard semblait vide ; il regardait droit devant lui, sans but.
Puis il se tourna vers moi. Il sourit faiblement.
- Charly, c'est quoi ce bordel ? Tu nous fais quoi comme connerie, cte fois ?
Il cligna des yeux plusieurs fois, déglutis péniblement et murmura :
- Camille, t'es super belle.. Tu le sais ?
Je rougis mais ne me laissai pas détourner mon attention.
- Je suis sérieuse, Charly. T'as quoi ? Change pas du sujet, t'y arriveras pas avec moi.
Charly ne me répondit pas. Ses yeux se refermèrent. Folle d'inquiétude, je commençai à le secouer, des larmes commençant à me piquer les yeux.
- Charly putain réveille toi... Chacha...
Charly ne se réveillait pas. A la place, un petit paquet de poudre blanche sortir de sa poche. Je ne le vis pas tout de suite, ce n'est que lorsque mon ami, enfin réveillé, le remarqua et la saisit lentement.
- Charles... C'est quoi ce truc ?
- Rien.
- Mens-moi pas. C'est quoi ce truc ?
- C'est ma Merveilleuse.
Il souriait à demi, l'air niai. Il n'était pas dans son état normal ; il avait touché à cette drogue.
- Et t'en prends beaucoup, de c'te merde ?
- Une ou deux fois par jour. C'est pas grand chose.
Je hoquetai ; pas grand chose ? Ou avait-il la tête cet idiot ?
Je le saisis par les épaules et le secouai de toute ma misérable force :
- Pas grand chose ? MAIS T'ES COMPLÈTEMENT BARGE ! Tu va CREVER Charly ! Tu t'en rends compte ? T'es vraiment inconscient. Ou con, je sais pas. Mais tu vas claquer, je te préviens !
Charly secoua la tête péniblement de droite à gauche pour mimer un « non ».
- Si Charly. Alors, maintenant, tu arrêtes tes conneries. Lui ordonnais-je, je vais planquer ta merde et tu ne la retrouveras pas.
Je joignit le geste à la parole et m'empara du sachet de poudre. Charly, qui jusqu'à maintenant n'avait pas bougé, trop affaibli, écarquilla les yeux et attrapa fermement mon poignet. Il resserra de plus en plus son étreinte ; emprisonnant mon poignet de ses mains tremblantes et ses doigt osseux s'enfonçaient dans ma peau. La douleur me fit couler quelques larmes.
- Charly, tu me fais mal.. Arrête ! Le suppliais-je.
Mais il ne lâcha pas prise. « Il ne le fera jamais. Il veut cette drogue ».
Je ne pouvais plus rester là à attendre que mon poignet ne se brise ou que Charly perde la tête ; je laissai tomber son sachet de drogue.
Mon ami desserra peu à peu ses mains de mon articulation et, tremblant, saisit sa drogue.
Il se releva péniblement ; ses genoux s'entrechoquaient ; et il me regarda, de ses yeux vides, ses yeux de drogués.
- Désolé. Murmura-t-il, mais tu ne peux pas comprendre.
- Effectivement. Tout ça me dépasse un peu, Charly. Dis-je en massant mon poignet endolori.
- Mais je n'arrêterai pas. J'ai besoin de ça. Ça m'aide à partir de ce monde de merde, ou ma mère passe son temps à se plaindre et où tous ces connards me critiquent.
- T'es vraiment con, tu sais. Y'a d'autres moyens pour t'en sortir. Je peux t'aider.
- Non. Je préfère ma drogue.
Ces paroles restèrent suspendues en l'air, tendis qu'une expression de douleur se peignait sur mon visage. C'était la première fois que Charly, le petit Charles Desmont, blessait quelqu'un, et il fallait que cela tombe sur moi. Je fus prise d'une vague de tristesse quant à cette rébellion de sa part, mais bientôt, la colère monta en moi.
- C'est comme ça, Charly, que tu remercies ceux qui sont tes amis ? On est pas là que pour te jouer un morceau et pour que tu puisses chanter. On est là pour t'aider, dans tout ce qui t'arrive. C'est dégueulasse que t'arrives à me comparer avec une merde pareille qu'est la drogue. Tu n'es qu'un sale con, Charles.
Charly ne parût pas affecté par mes paroles ; Ou alors ce qu'il avait consommé l'en empêchait. Il recula simplement, chuchota plusieurs fois la même phrase ; « Tu ne peux pas comprendre », et s'enfuit en courant.
La porte était restée grande ouverte et je pouvais voir la pluie tomber sauvagement.
Où était Charly ? Jusqu'où avait-il pu avancer, sous cette pluie battante et dans cet état ?
Pas très loin, sûrement.
« Va le trouver » me conseilla mon amitié, plus forte que la colère.
*
Encore une extrait. Le jour où j'écrirai un truc entier... --'
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